"Il naissait à l’aine ou à l’aisselle une plaie en forme de serpent dont l’action sur les hommes était telle
qu’ils rendaient l’âme le deuxième ou le troisième jour et que sa violence ôtait complètement le sens.
"

Grégoire de Tours 571

Sommaire

Diagnostic biologique de la peste


Chez les malades

La confirmation biologique de la peste est réalisé soit par des examens bactériologiques (culture de Y. pestis) soit par des tests immunodiagnostiques (détection de l’antigène ou des anticorps anti-F1). Pendant la phase aiguë de la peste bubonique, la sérosité à l’intérieur du bubon doit être prélevée par ponction avec une aiguille de gros calibre après avoir injecté une petite quantité d’eau physiologique stérile et apyrogène.

Pour la peste pulmonaire, le diagnostic est effectué à partir de crachat. Il est possible également de faire une hémoculture mais il faut savoir que la bactériémie n’est pas constante (faux négatifs). Le diagnostic post-mortem est effectué sur des prélèvements obtenus par ponction du foie et des poumons du cadavre.

Si l’analyse bactériologique ne peut être effectuée sur place, les échantillons pathologiques doivent être transportés dans le milieu gélosé de Cary Blair, à l’abri de la chaleur et de la lumière.

Pendant la phase de convalescence, un prélèvement de sérum ou de sang total déposé sur du papier buvard permet une confirmation rétrospective par détection des anticorps spécifique de l’antigène F1.

Y. pestis étant un germe hautement virulent, tout transport et toute manipulation des prélèvements doivent se faire en respectant les règles de sécurité biologiques appropriées.


Ponction d'un bubon axillaire


Prélèvement de crachat


Sur les rongeurs et les puces

A partir de rongeurs capturés vivants (qui sont des réservoirs potentiels du bacille de la peste), la recherche de Y. pestis s’effectue à partir d’un broyat de la rate de l’animal euthanasié. Au préalable, il est important de débarrasser ces animaux de leurs puces par brossage de leur pelage. La présence du bacille de la peste dans les puces récoltées est recherchée à partir du broyat d’un lot de puces.

La recherche d’anticorps anti-F1 est réalisée sur le sérum des rongeurs obtenu après décantation du sang recueilli par ponction cardiaque ou sur le sang total séché sur buvard. Sur les cadavres de rats, la recherche de Y. pestis ou la détection de l’antigène F1 s’effectue par test bandelette à partir des ponctions ou des broyats de rate. (réf 269)


Ponction de sang de rat


Caractères bactériologiques et culturaux

Y. pestis est une Entérobactérie Gram négative, aérobieanaérobie facultative. Dans les produits pathologiques elle se présente sous forme de cocco-bacilles à coloration souvent bipolaire (Wayson, Gram), immobiles, très souvent isolés, parfois ovoïdes ou globuleux.

En culture, elle présente un certain pleiomorphisme : sur gélose les formes bacillaires plus allongées prédominent tandis qu’en bouillon ce sont des coccobacilles en amas ou en courtes chaînettes, parfois en rangées parallèles.

Dans les cultures anciennes, on observe des formes de dégénérescence, éléments arrondis, piriformes, en massue mais asporulés. Le diagnostic de la peste par examen microscopique d’un frottis est peu spécifique et peu sensible.

La croissance de Y. pestis est possible de 4°C à 42°C mais la température optimale se situe entre 28° et 30°C. Ce bacille tolère des pH de 5 à 9,6, l’optimal étant entre 7,2 et 7,4. La croissance de Y. pestis est lente. Après 48h, la culture en milieu liquide (bouillon ordinaire, cerveau cœur, eau peptonée) reste limpide avec un voile fragile et un dépôt floconneux (ou des stalactites granuleux). Girard avait l’habitude d’utiliser l’aphorisme “ tout germe qui, au sortir de l’organisme, trouble le bouillon et pousse en 24h n’est pas la peste ”.

En milieu gélosé cerveau-coeur après 48h, Y. pestis se présente sous forme de fines colonies (diamètre <1mm), mates et translucides, rappelant un œuf au plat. Dans les foyers d’endémie pesteuse où les prélèvements sont souvent contaminés, l’emploi d’un milieu YCIN, plus sélectif contenant des antibiotiques (Cefsulodine, Irgasan, Novobiocine) permet d’améliorer le taux de confirmation et d’observer après 36 heures des petites colonies (diamètre 1mm), mates au centre rouge et légèrement bombées. (réf 236)


Y. pestis coloré en bleu (Wayson)


Colonies de Y. pestis sur milieu sélectif YCIN


Cultures en bouillon de Y. pestis avant agitation (à gauche) et après (à droite)



Enrichissement par inoculation chez la souris

Les rongeurs de laboratoire (souris, rat) sont généralement sensibles à Y. pestis, et succombent par septicémie en 3 à 10 jours après l’injection d’un échantillon pesteux. Pour augmenter la sensibilité du diagnostic bactériologique, il est recommandé d’inoculer le prélèvement suspect à des souris, par voie intra-péritonéale.

Le décès de la souris par la peste doit être confirmé par l’isolement de Y. pestis à partir du sang ou de la rate de l’animal. (ref 236)


Détection de Y. pestis par PCR

La méthode d’amplification génique (PCR) est reconnue pour sa sensibilité et sa capacité à détecter des bacilles difficiles à cultiver ou non viables (après antibiothérapie). Mais, dans les conditions opérationnelles du programme de lutte contre la peste à Madagascar, la PCR F1 est difficilement applicable et n’est actuellement pas recommandée en raison des mauvaises conditions de prélèvement et d’acheminement des échantillons cliniques. (réf 254)

Echantillon 1 négatif
Echantillons 2, 3, et 4 positifs
PM = marqueurs de poids moléculaire


Haut de page | Sommaire