"Vers le 23 Novembre 1932, les habitants de la ferme d’Ankaibe, (concessions d’Ambodirano Mangoro) voient dans les champs des quantités de gros rats roux
(«Ramirohitra», Brachytarsomys albicauda) provenant de la direction des forêts de l’ouest, qui viennent crever dans les cases et dans leur voisinage […].
Le 3 Décembre, la peste bubonique éclate et B., sa femme, ses trois enfants et un étranger meurent du 3 au 10
".

V. Ratomahenina, médecin dépisteur C. M. Moramanga, 1932

Sommaire
Cycles forestiers


Importance des surfaces boisées dans les districts >800 m d’altitude

Sur cette carte figurent les districts des Hautes Terres Centrales situés au dessus de 800 m. Dans les deux districts très boisés d’Ambositra et Ambohimahasoa, au Sud-Est des Hautes Terres ont émergé les nouveaux ribotypes R, Q et T de Yersinia pestis.

C’est aussi dans le site forestier d’Ankazomivady, qu’ont été isolées 7 souches de Y. pestis dont 2 souches Q à partir d’un rat noir Rattus rattus et d’un tenrec Hemicentetes nigriceps (district d’Ambositra).
(Collaboration entre l’Institut Pasteur de Madagascar, l’Institut Pasteur et l’IRD)


La peste en forêt

Des épidémies rurales de peste ont été constatées à proximité de zones forestières (par exemple les districts d’Ikongo en 1998 et d’Anosibe-An’ala en 2000-2001) au sein de communautés de colons ou de bûcherons.

Une circulation à haut niveau peut exister dans certaines forêts (Ankazomivady, 1998). Les puces impliquées dans ces foyers peuvent appartenir aux genres Dinopsyllus (impliqué également dans certains foyers africains), Paractenopsyllus et Synopsyllus.

Cependant S. fonquerniei est souvent absente des forêts de l’Est des Hautes Terres, remplacée par S. estradei. Les ribotypes originaux Q, R et T proviennent de zones riches en forêts.

Il est très probable que cette peste forestière provienne initialement des foyers ruraux par l’intermédiaire du rat noir. Néanmoins, devant la survenue de ribotypes originaux, le haut niveau de circulation dans certains foyers et la survenue d’épidémies à proximité, l’hypothèse d’une peste forestière autonome, dissociée des foyers ruraux, est actuellement discutée. (réf 260, 261)


Les forêts et les réservoirs de la peste à Madagascar

Deux types de forêts sont concernées par la peste à Madagascar, elles sont situées entre 800 et 2000 m, et rassemblent les forêts humides de moyenne altitude et les forêts à mousses et lichens de plus haute altitude (1400 à 2000 m).

Du fait de leur altitude, ces forêts sont marquées par une saison froide et sèche pendant laquelle plusieurs espèces d’insectivores présentent une phase de torpeur voire d’hibernation.

La biodiversité des micromammifères est très marquée à ces altitudes de même que la diversité et l’abondance de la faune pulicidienne (réf 271, 276).

Le rat noir, Rattus rattus est retrouvé dans pratiquement toutes les forêts de moyenne altitude.

En dehors des parcs nationaux et des aires protégées, ces milieux subissent une forte pression de la part de l’homme sous forme de cultures sur brûlis, exploitation du bois et fabrication de charbon de bois.

L’installation de campements familiaux parfois permanents à proximité ou au sein de ces forêts et leur fréquentation quotidienne augmentent les risques de contact avec les faunes mammifère et pulicidienne.


Cycle biologique des puces et échantillonnage

Les puces passent par plusieurs stades au cours de leur développement : oeufs, larves, nymphes et adultes. L’échantillonnage des stades pré-adultes est difficile et , en pratique ne se fait que par récolte de poussière, litière ou terre provenant de terriers ou de poussière de maison (piège d’Estrade).

La conservation pendant quelques semaines de ce matériel permet l’émergence de formes adultes plus faciles à compter et identifier. Les adultes peuvent faire l’objet de récoltes :

- soit en phase libre, au repos dans les terriers, les nids ou encore dans la poussière de maison, lors de la recherche d’un hôte (piège à bougie pour certaines espèces).

- soit en phase parasitaire dans la fourrure ou le plumage des hôtes. L’échantillonnage doit alors tenir compte du comportement de l’hôte (voies d’exploration, trophisme alimentaire...) et être adapté à la faune visée pour éviter les biais.

Dans le cas des micromammifères de Madagascar, l’usage de trou-pièges (Pitfalls : série de seaux enterrés reliés par une bande de plastique infranchissable qui canalise les petits animaux ; les animaux non sauteurs tombés au fond des seaux sont alors prisonniers) a permis la récolte de nombreux insectivores, faune mieux échantillonnée que lors d’emploi de pièges à capture unique (genre BTS ou Sherman) ou d’exploration des terriers.


Habitation en bordure de forêt


Paractenopsyllus rouxi


Hemicentetes nigriceps


Microgale longicaudata


Ligne de trous-pièges "Pitfalls"


Piège d'Estrade - Piège à bougie


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