Biogéographie de Madagascar - Les bioclimats
Bioclimats
Le jeu simultané des différentes influences de température, de pluviosité et de durée de la saison sèche amène une diversité climatique régionale extrême, depuis des types très humides, jusqu’à des types presque arides, avec des variations altitudinales de grande amplitude. L’extrême diversité des formations végétales rend parfaitement compte de cette variabilité. De toute évidence, la sécheresse (total des pluies, durée de la saison sèche) joue souvent un très grand rôle comme facteur limitant pour la végétation. Mais un autre élément est représenté par les minima thermiques. Ces minima peuvent être extrêmement accusés dans les régions d’altitude, avec des conséquences biologiques importantes. A faible altitude également, sur la côte Est par exemple, les basses températures de l’hiver austral pourraient avoir sur les végétaux des effets non négligeables.
Bioclimats retenus par Koechlin Pluviométrie moyenne annuelle Durée de la saison sèche Température moyenne annuelle1.perhumide chaud > 2000 mm 0 21 à 24°2.perhumide tempéré > 1850 mm < 1mois 21 à 23°3.perhumide froid 2000 mm 3 mois à < 50 mm 15,5°4.humide chaud 1400 à 2300 mm 3 à 6 mois 25 à 26°5.humide tempéré 1000 à 2000 mm 2 à 3 mois 19,5°6.humide frais 1200 à 1500 mm 4 à 5 mois 17 à 18,5°7.humide froid 1200 à 1900 mm 4 à 5 mois 14 à 17°8.subhumide tempéré ou frais 950 à 1500 mm 4 à 6 mois 18 à 21°9.subhumide chaud 1100 à 1600 mm 6 à 7 mois 24 à 27°10.semi-aride 500 à 900 mm 6 à 7 mois 23 à 26°11.sub-aride 350 mm 9 à 12 mois 24°![]()
Végétation, flore et divisions phytogéographiques
Divers éléments ont une grande importance pour la compréhension de la végétation et parmi eux, l’asymétrie du profil transversal de l’île, l’opposition structurale et pédologique entre les régions orientale d’une part et occidentale d’autre part et le compartimentage de l’île en un certain nombre de régions naturelles bien tranchées. Enfin, les phénomènes d’érosion, du fait de l’état avancé de la dégradation de la végétation, prennent ici une ampleur considérable. Perrier de la Bâthie (1921) met le premier clairement en évidence les principaux caractères de la phytogéographie malgache.L’opposition entre végétation primitive et végétation modifiée. La végétation primitive, très riche en espèces, endémiques pour la plupart, est représentée presque uniquement par des associations ligneuses complexes extrêmement variée en fonction du climat et des sols. La végétation modifiée est très pauvre en espèces, presque toutes introduites ou à large répartition géographique. Il s’agit de recrus forestiers (savoka) ou de formations graminéennes. Très homogène, cette végétation varie peu dans les différentes régions de l’île.L’opposition entre deux ensembles : flore du vent et flore sous le vent. La frontière se situe aux environs de la cote 800 m sur le rebord occidental du plateau central. Elle est fixée par les conditions climatiques. Les deux flores sont effectivement très distinctes. La flore du vent occupe les régions Est et centre de Baron, directement soumises à l’action des alizés qui apportent constamment une humidité importante. Ces vents provoquent des chutes de pluies abondantes toute l’année sur le flanc oriental de l’île. Dans les régions centrales, ils sont encore assez chargés d’humidité pour provoquer pendant l’hiver austral la formation fréquente de brouillards et de crachins qui atténuent considérablement l’aridité de la saison sèche. La flore sous le vent occupe la région ouest où les alizés réchauffés et desséchés par leur passage sur les terres, ne font qu’accentuer cette aridité. Cette flore sous le vent a donc des caractères xérophytiques marqués et on y rencontre des formes d’adaptation à la sécheresse d’autant plus nombreuses vers l’Ouest et vers le Sud. L’alimentation en eau constitue là le facteur limitant pour le développement de la végétation et les caractéristiques des sols (perméabilité, capacité de rétention, etc…) jouent alors un rôle considérable. De telle sorte que dans les régions les plus humides on a bien affaire à des climax climatiques qui s’opposent à des climax édaphiques dans l’Ouest et dans le Sud.
Bioclimats et paludisme
Les conditions bioclimatiques ont principalement des conséquences sur deux types de facteurs influant le paludisme : la distribution des anophèles, moustiques qui transmettent le paludisme et le développement du parasite dans ces moustiques.La distribution des anophèles ne suit pas strictement les régions bioclimatiques définies plus haut. Certaines conditions de sécheresse dans le Sud aride ou de froid en altitude au dessus de 1800 à 2000 m sont parfois limitantes quant au développement du moustique. Mais la plupart des vecteurs impliqués dans la transmission sont relativement tolérants quant aux climats et peuvent tempérer les écarts importants par une adaptation à l’homme, à son habitat (repos à l’intérieur des maisons par exemple) et à ses cultures (gîtes dans les rizières).
Lors de son cycle à l’intérieur du moustique (cf. cycle parasitaire), le parasite est soumis aux aléas climatiques. Son développement n’est possible que dans une gamme modérée de températures.
A Madagascar, les températures les plus basses rencontrées pendant la saison froide ou en altitude vont empêcher le cycle complet du parasite et bloquer complètement la transmission. Au niveau des zones d’altitude, des conditions climatiques variables peuvent rendre possible un cycle parasitaire donnant un caractère temporel marqué saisonnier ou épidémique à l’épidémiologie du paludisme.
Cinq zones sont définies par la durée et l’intensité de la transmission.
- Une zone côtière orientale et septentrionale, incluant le Sambirano où la transmission est forte et quasi pérenne (c’est à dire durant toute l’année),
- Une zone occidentale où la transmission est relativement importante pendant au moins 6 mois de l’année,
- Une zone de plateaux où la transmission est faible, saisonnière et parfois épidémique,
- Une zone Sud où la transmission est très faible, réduite à quelques mois par an ou épidémique,
- Une zone de montagne où la transmission est absente.