“La présence du seul R. norvegicus constituerait donc, à notre sens, une défense contre la peste;
mais, par contre, son mélange avec le R. rattus crée la condition épidémiologique la plus dangereuse.”

Marcel Baltazard, 1960

Peste urbaine dans la capitale Antananarivo



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Introduite à Madagascar dans le port de Tamatave en 1898, la peste a atteint Antananarivo en 1921 et s’est étendue sur les Hautes Terres Centrales où elle persiste jusqu’à nos jours. En un siècle, l’urbanisation progressive de la capitale s’est traduite par une profonde modification de l’écosystème et donc du cycle épidémiologique de la maladie.

Le réservoir initial du bacille, le rat noir R. rattus, commensal de l’homme, a été remplacé au fil du temps par R. norvegicus, rat d’égout, plus résistant et plus prolifique, ne se rapprochant de l’homme que pour chercher sa nourriture.

Depuis une vingtaine d’années, la peste a ré-émergé aux quatre coins de la capitale avec une centaine de cas sporadiques annuels déclarés, pendant la saison chaude et humide, c’est à dire entre novembre et mars.

Les formes buboniques sont les plus fréquentes mais les formes pulmonaires existent. L’essentiel des cas se regroupe dans une vingtaine de quartiers situés dans les zones inondables où vivent les populations les plus défavorisées.


Surveillance de la circulation de la peste murine

Une surveillance régulière de la peste murine à Antananarivo a commencé en 1995 au grand marché "Tsenabe Isotry" où les rats proliféraient.

Depuis 1997, cette surveillance s’est étendue à huit autres quartiers de la ville. Les petits mammifères capturés par les équipes du Bureau Municipal d’Hygiène et du Ministère de la Santé sont identifiés et autopsiés au Laboratoire Central de la Peste à l’IPM, et leurs puces récoltées par brossage, identifiées et dénombrées.

Différentes techniques biologiques permettent alors de suivre des indicateurs de transmission chez le rat et la puce :
- index pulicidien X. cheopis (nombre moyen de X. cheopis / rat)
- séroprévalence globale des rats en anticorps anti-F1 par méthode ELISA
- pourcentage de rats infectés
- pourcentage de lots de puces infectés (un lot de puces correspond à un rat).

Malgré des indicateurs de risque qui restaient toujours très élevés entre 1997 et 2000, la situation de la peste humaine était relativement faible.

De façon énigmatique, aucune épizootie ni aucune épidémie n’étaient observées. Des études à l’IPM, par infection expérimentale des rats R. rattus et R. norvegicus de la capitale en comparaison avec les mêmes espèces d’autres régions de Madagascar, ont mis en évidence pour les deux espèces, leur haute résistance à Y. pestis.
Le rongeur très majoritaire R. norvegicus joue ainsi le rôle de rongeur enzootique, propre à pérenniser la peste à Antananarivo (réf 263, 267).

Depuis l’an 2000, on observe une amélioration des indicateurs et une réduction du nombre de cas de peste humaine sur l’ensemble de la capitale, reflétant très probablement l’impact des mesures publiques d’assainissement.


Quartier d'Ampefiloha


Marché d'Isotry



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