"2001 : Séquençage du génome de Yersinia pestis

2004 : Séquençage du génome de Rattus norvegicus".

Résistance et ribotypes de Yersinia pestis



Sommaire

Souches de Y. pestis ayant acquis des plasmides de résistance aux antibiotiques

Jusqu’à présent, Y. pestis était considérée comme sensible à tous les antibiotiques actifs contre les bacilles à Gram-.

En 1995, deux souches de Y. pestis portant des plasmides de résistance aux antibiotiques ont été identifiées à Madagascar et caractérisées (collaboration entre les Institut Pasteur de Madagascar et de Paris). Toutes deux ont été isolées de malades atteints de peste bubonique.

La première provenait du district d’Ambalavao. Cette souche portait un plasmide qui lui conférait une résistance non seulement aux molécules classiquement utilisées pour le traitement préventif (sulfamides) et curatif (streptomycine, chloramphénicol et tétracyclines) de la peste, mais également à d’autres antibiotiques comme la kanamycine, la spectinomycine, la minocycline et l’ampicilline. Ce plasmide de 150 kb appartient au groupe d’incompatibilité Inc6-C, fréquemment trouvé chez les entérobactéries.

La seconde souche a été isolée dans le district d’Ambohimahasoa. Elle hébergeait un plasmide conférant une résistance de haut niveau à la streptomycine. Ce plasmide de 40 kb fait partie de la famille R751 à large spectre d’hôtes et porte les gènes strA et strB identifiés essentiellement chez les bactéries phytopathogènes.

Bien que totalement différents, ces deux plasmides sont conjugatifs et peuvent être transférés à d’autres souches de Y. pestis avec une fréquence très élevée.

Il semble donc que nous assistions actuellement à Madagascar à l’émergence de souches de Y. pestis dont plusieurs ont acquis des plasmides de résistance aux antibiotiques. (réf 239, 262)


Résistance de Y. pestis aux antibiotiques

Une des préoccupations majeures du Programme National de Lutte contre la Peste (PNLP) à Madagascar est la surveillance de la sensibilité des souches de Y. pestis aux antibiotiques classiquement utilisables dans le traitement de cette maladie.

Le PNLP recommande la chimioprophylaxie des sujets contacts par des sulfamides et le traitement des malades par la streptomycine relayée par des sulfamides.

La sensibilité aux antibiotiques utilisables dans le traitement de la peste (streptomycine, tétracycline, chloramphénicol, gentamycine, sulfaméthoxazole-triméthoprime, ampicilline) de toutes les souches de Y. pestis isolées au Laboratoire Central Peste à l’Institut Pasteur de Madagascar a été testée par la méthode des disques imprégnés.

Sur un total de 3 619 souches isolées entre 1926 et 2001 à partir de prélèvements de malades, de rongeurs et de puces, seules cinq souches humaines, une souche de rat et trois souches isolées de puces ont montré une résistance aux antibiotiques testés (voir localisation géographique et année d’isolement sur la carte).

En ce début de 21ème siècle, la résistance de Y. pestis aux antibiotiques ne constitue pas un problème de santé publique à Madagascar et la streptomycine utilisée dans tous les centres de traitement de la peste reste un antibiotique ef?cace.

L’émergence en 1995 d’une souche résistante à la streptomycine et d’une souche multirésistante aux antibiotiques dans le Sud des hautes terres, impose cependant une grande vigilance et un renforcement de la surveillance. (réf 230, 234)



Emergence du ribotype Q - District d’Ambohimahasoa


Emergence du ribotype R à Andina - District d’Ambositra

Répartition géographique des ribotypes B, Q, R et T dans la région d'Ambositra et d'Ambohimahasoa

Émergence de nouveaux ribotypes parmi les souches de Y. pestis isolées à Madagascar

La souche de Y. pestis qui s’est répandue dans le monde lors de la troisième pandémie en 1894 et a envahi Madagascar à partir de 1898 était du ribotype B.

Jusqu’au début des années 80, toutes les souches isolées à Madagascar étaient de ce ribotype. Cependant, de nouveaux ribotypes ont récemment été identifiés (collaboration entre les Institut Pasteur de Madagascar et de Paris) dans les souspréfectures d’Ambositra et d’Ambohimahasoa : R en 1982, Q en 1983, et T en 1994.

Les souches qui ont ce nouveau ribotype diffèrent également des souches classiques par leurs profils plasmidiques et chromosomiques particuliers. Le suivi de ces souches au cours du temps indique qu’elles ont tendance à coloniser l’environnement et à prendre progressivement la place des souches classiques du ribotype B.

ll semble donc que ces souches correspondent à l’émergence de clones ayant acquis des avantages sélectifs par rapport à la souche originelle. (réf 240)


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