La peste humaine est réapparue dans le port de Mahajanga en août 1991 après un silence de 63 ans. Le typage génétique
de la souche bactérienne en cause, réalisé à l’Institut Pasteur à Paris, permet d’avancer qu’elle fût très probablement réintroduite à partir des Hautes Terres du Nord, par l’intermédiaire des échanges commerciaux.
De fait, l’épicentre de la première vague épidémique se situa autour du marché populeux et insalubre de Marolaka. Entre 1992 et 1995, aucun cas de peste humaine ni aucune épizootie murine n’ont été observés.
A partir de 1995, quatre épidémies de peste bubonique se sont succédées annuellement. Elles débutèrent invariablement au mois de juillet lorsque les températures minimales sont les plus basses (17-20°C) et s’arrêtèrent au mois de Novembre, période où les minima
s’élèvent.
Le climat chaud et humide en moyenne toute l’année et l’absence de saison froide marquée pourraient expliquer l’exclusivité de la forme bubonique parmi les cas confirmés.
Depuis 1999, année de l’introduction du choléra dans ce port en provenance des îles Comores et de la mise en place des mesures drastiques d’assainissement de la ville, les épidémies de peste ne sont plus observées (réf 235, 249, 266).
Rôle de la musaraigne
Suncus murinus
Rattus norvegicus
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Lors de l’épidémie d’août 1991, des captures furent entreprises à la recherche des rongeurs responsables. Elles ramenèrent essentiellement des musaraignes Suncus murinus et très peu de rats, surtout des R. norvegicus.
Une enquête rétrospective révéla que la plupart de ceux-ci avaient été décimés par une importante épizootie en juin-juillet, quelques semaines avant l’apparition des
premiers cas humains de peste. Des observations similaires furent faites en 1995, et lors des autres épidémies qui suivirent.
A chaque fois, les musaraignes présentaient un index pulicidien X. cheopis
élevé. Des suivis trimestriels réalisés par les équipes de l’IPM, de l’IRD et du Ministère de la Santé montrèrent que cet index était maximum au moment d’une épidémie pour diminuer ensuite progressivement alors que la population des rats se reconstituait.
Par ailleurs, ces musaraignes s’avéraient souvent séropositives en anticorps anti-F1, et pour la première fois à Madagascar on isolait chez quelques unes des souches de Y. pestis.
En l’absence de rats après les épizooties, S. murinus se comporte comme un animal refuge pour les puces vectrices X. cheopis. Mais au delà, cet insectivore qui semble mieux résister que le rat à Y. pestis, joue très probablement aussi le rôle de réservoir potentiel de bacilles, pouvant assurer la pérennisation de l’endémie à Mahajanga.
Port aux boutres, près de l’épicentre des
épidémies de 1991 et 1995
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