Interview

La malnutrition, une priorité pour l’Institut Pasteur de Madagascar

Rindra Randremanana, médecin épidémiologiste, adjointe de l’unité d’épidémiologie et responsable de la thématique nutrition à l’Institut Pasteur de Madagascar

Rindra Randremanana, médecin épidémiologiste, adjointe de l’unité d’épidémiologie et responsable de la thématique nutrition à l’Institut Pasteur de Madagascar

[Interview initialement publié sur le site de l’Institut Pasteur (Paris)]

Beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition à Madagascar ?

La malnutrition est une des grandes menaces pour la santé infantile dans notre pays. Malgré la mise en place depuis plusieurs années de nombreux programmes de lutte et de prévention, la malnutrition chronique continue d’affecter près de la moitié des enfants malgaches. Bien que les enfants sont en bonne santé apparente, ils ont un poids et une taille insuffisants pour leur âge au regard des standards internationaux. La malnutrition aigüe quant à elle, touche 8% des enfants malgaches. Conséquence d’un manque soudain d’alimentation, comme par exemple en cas de sécheresse, ou d’une maladie aigue les enfants maigrissent rapidement et souffrent de complications physiques qui peuvent entrainer le décès.

En quoi consiste la recherche sur la malnutrition à l’Institut Pasteur de Madagascar ?

Nous avons démarré la recherche sur la malnutrition en 2013 dans le cadre d’une étude pour élaborer des recommandations de prévention de la malnutrition chronique. Nous avons montré la nécessité d’améliorer les conditions d’hygiène et d’assainissement, l’accessibilité de la population aux services de soins (déparasitage, accouchement, consommation de vitamine A…) et l’alimentation des enfants (besoins en protéines et fer).  En 2014, nous avons conduit en collaboration avec l’Unicef et le gouvernement malgache, une enquête visant à évaluer le statut iodé de la population malgache. L’iode est un micronutriment dont la carence, surtout durant la grossesse, entraine des troubles graves du développement cérébral du fœtus et des retards de croissance. Nous avons débuté il y a peu deux projets internationaux de recherche sur la malnutrition. Malinéa qui s’intéresse à la malnutrition aigüe et Afribiota qui s’intéresse à l’entéropathie environnementale pédiatrique, une des causes probables de la malnutrition chronique.

Quel est exactement votre rôle dans le projet Afribiota ?

Je suis responsable de toute la partie diagnostic et épidémiologie. Il s’agit concrètement de définir les modalités de collecte des échantillons biologiques et données associées, de s’assurer de leur stricte application en milieu communautaire et hospitalier et de participer aux analyses statistiques en ce qui concerne le diagnostic et l’identification des facteurs de risque. Aujourd’hui, le test le plus utilisé pour diagnostiquer l’entéropathie environnementale pédiatrique nécessite le recueil d’un échantillon d’urine pendant 5 heures chez un enfant à jeun. C’est très contraignant et difficilement réalisable à large échelle à Madagascar. En comparant divers prélèvements chez des enfants normonutris et malnutris chroniques, nous espérons identifier un marqueur biologique qui permettra de mettre au point un test diagnostique plus simple pour l’entéropathie environnementale pédiatrique. Nous allons également tenter de comprendre quels sont les facteurs démographiques, alimentaires, liés aux ménages qui en sont responsables.

Malinéa est un essai thérapeutique ?

Oui Malinéa consiste à évaluer l’efficacité de trois stratégies de renutrition chez les enfants malnutris aigus. Les enfants inclus dans l’essai bénéficieront tous du traitement de référence, une farine enrichie fabriquée par une entreprise locale, mais celle-ci sera soit administrée seule, soit accompagnée d’un antibiotique ou d’un prébiotique. Nous verrons ensuite laquelle de ces trois approches est la plus efficace pour assurer la prise de poids des enfants. Nous nous appuyons dans ce projet sur le réseau de structures de renutrition développé par le GRET depuis de nombreuses années à Madagascar.

Vous avez toujours travaillé sur la malnutrition ?

Non, initialement je me destinais à la chirurgie. Quand j’ai préparé ma thèse de doctorat en médecine j’ai trouvé un stage ici à l’Unité d’épidémiologie de l’IPM et c’est là que j’ai commencé à me passionner pour ce domaine de recherche. J’ai participé à des projets sur le paludisme, la tuberculose ou les diarrhées infantiles. Aujourd’hui je suis heureuse de partager mes connaissances avec des étudiants et de former la nouvelle génération de chercheurs qui demain prendront la relève. Il y a tant à faire pour la santé à Madagascar !