Depuis presque deux dizaines d’années, la population mondiale est devenue à majorité urbaine. Mais dans de nombreux pays, le rythme de la croissance dépasse souvent les capacités d’aménagement des quartiers d’habitation laissant la place à de vastes zones précaires. Les marchés urbains, carrefours d’approvisionnement alimentaire essentiels, souffrent eux aussi fréquemment d’un manque d’infrastructures adaptées et les conditions d’hygiène y sont très fragiles.
Dans ces espaces densément peuplés, le manque de services de base, notamment en matière d’assainissement et de gestion des déchets, ainsi que la disponibilité constante de ressources alimentaires (ex. denrées stockées, élevage domestique, agriculture urbaine) crée les conditions favorables à la prolifération de rongeurs comme les rats et les souris. Leurs interactions quotidiennes avec les habitants des zones urbaines précaires offrent un terrain particulièrement propice aux échanges d’agents infectieux par voies directes, environnementales ou vectorielles.
Afin de documenter un tel risque zoonotique à Antananarivo, l’Unité Peste de l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) et le Centre de Biologie pour la Gestion des Populations de Montpellier (CBGP), France ((coord. Dr Gauthier Dobigny, chercheur de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD)) ont menés plusieurs projets conjoints de recherche ces dernières années. Les suivis longitudinaux de cinq zones ateliers (deux marchés et trois quartiers d’habitation) complétés par ceux, plus opportunistes, d’une trentaine de sites de la capitale ont permis de documenter la circulation d‘agents zoonotiques (dont le bacille de la peste, des leptospires pathogènes, des agents du typhus, des hantavirus, des rotavirus et des trypanosomes) chez les micromammifères (rongeurs et musaraignes) et les puces vectrices. Des enquêtes menées ont permis de mieux cerner les connaissances, les attitudes et la perception des habitants des enjeux liés aux micromammifères. Enfin, plusieurs méthodes de lutte et leurs conséquences sur les risques zoonotiques ont-elles aussi été explorées :
– étude d’une nouvelle molécule pour éliminer, chez les rats, les puces qui transmettent la peste et les typhus à Madagascar (projet EctoPeste) ;
– co-construction et évaluation de stratégies communautaires de gestion des rats en milieu urbain (projet SCARIA) ;
– analyse des conséquences des campagnes dératisations menées dans les marchés sur le risque infectieux associé aux rongeurs (projet RoCoCity) ;
– caractérisation des facteurs susceptibles de favoriser la circulation de la peste en milieu urbain afin d’en améliorer la surveillance et la prévention de son émergence (projet PLAY-MAD).
Afin de partager l’état d’avancement de ces projets et les connaissances qu’ils génèrent, et dans le souci de renforcer les échanges entre chercheurs, professionnels de santé publique et acteurs de terrain, l’IPM, en collaboration avec l’IRD et en partenariat avec la Direction de Lutte contre les Maladies Transmissibles (DLMT) du Ministère de la Santé Publique, a organisé un atelier de restitution et de discussion le mardi 18 août 2026 à l’IPM. Intitulé « Atelier de surveillance et gestion des risques infectieux associés aux micromammifères urbains à Madagascar : exemple d’Antananarivo », cet événement a réuni différents représentants des secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’environnement, de l’aménagement urbain et des communautés locales. Au-delà du partage d’informations, il visait à promouvoir les échanges intersectoriels en matière de gestion des rongeurs urbains.
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