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En hommage au regretté Docteur Ralamboarisata Noelson RASOLOFONIRINA, ancien Adjoint au Directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar

C’est avec une profonde tristesse que nous rendons hommage au Docteur Ralamboarisata Noelson RASOLOFONIRINA dont le décès est survenu le 6 mars 2024.

Le parcours professionnel du Docteur RASOLOFONIRINA au sein de la Fonction Publique Malgache et plus particulièrement à l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) est marqué par son fort engagement dans la santé publique et dans la recherche scientifique. Après avoir intégré l’IPM en 1977, il a poursuivi ses études post-universitaires à l’Institut Pasteur à Paris ainsi que différentes formations, notamment pour la production de vaccin BCG au Laboratoire de production de vaccin BCG et en bactériologie des aliments à l’Institut Pasteur de Lille.

Le Docteur RASOLOFONIRINA a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein de l’IPM : Chef du Service de bactériologie alimentaire de 1985 à 1998, Chef du Laboratoire de production du vaccin BCG de 1988 à 1992, Chef du Service du Centre de Documentation Scientifique de 1992 à 2004 et Rédacteur en Chef des Archives de l’IPM de 1993 à 2003. Il a été nommé Adjoint au Directeur de l’IPM en 1988, fonction qu’il occupera jusqu’à son départ à la retraite en 2004.

Il a été élevé au rang d’Officier de l’Ordre National de la République de Madagascar, et celui d’Officier de l’Ordre National du Mérite de la République Française en 2014.

En cette période de deuil, nous exprimons notre profonde sympathie à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître et de travailler avec lui.

Le Professeur Jean Roux, ancien Directeur de l’IPM, et le Pr Suzanne CHANTEAU, adjointe scientifique, ont tenu à lui rendre hommage à travers ce texte.

                                                                                     « Hommage au Docteur Ralamboarisata Noelson RASOLOFONIRINA

C’est avec une profonde émotion que Suzanne CHANTEAU et moi-même, avons appris le décès de notre cher ami le Dr Noëlson RASOLOFONIRINA, connu de tous sous le nom de Dr RASO.

Tant de souvenirs nous assaillent !

Le Dr Rasolofonirina appartient à cette génération de jeunes cadres malgaches qui, après l’indépendance de leur pays, suivirent un très solide cursus universitaire en France. Il fait partie de ces élites malgaches très patriotes et attachés à leur pays tout autant qu’à une culture française remarquablement maîtrisée. Médecin dont j’ai pu apprécier les larges connaissances, il s’orienta vers la biologie et suivit les enseignements de l’Institut Pasteur à Paris, devenant ainsi le deuxième médecin pasteurien malgache après le Dr RADAODY-RALAROSY.

Détaché par les Autorités malgaches pour servir à l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) en janvier 1977, il y effectua la totalité de sa carrière dont 16 années en tant qu’Adjoint du Directeur. Très attaché à l’Institut, convaincu de son importance pour Madagascar, il contribua à en développer le caractère véritablement franco-malgache.

Collaborateur très proche du directeur, loyal et dévoué, il assura une fonction essentielle de trait d’union avec les diverses autorités malgaches gouvernementales, universitaires et scientifiques. Très ouvert et humain, respecté et aimé par l’ensemble du personnel local qui le considérait comme un chef de file, il était aussi très estimé par ses collègues expatriés et a joué un rôle important de cohésion au sein de l’IPM lors de la traversée de plusieurs épisodes difficiles de l’histoire du pays. Pendant de longues années, il assura avec compétence les intérims de la direction générale autant que de la direction administrative. Alors que les assistants techniques pasteuriens se succédaient, le Dr RASOLOFONIRINA a représenté un élément stable de référence tout à fait précieux.

A la lecture de son CV, on peut se rendre compte de l’importance du travail scientifique et technique effectué par le Dr RASOLOFONIRINA. J’en ferai ressortir quelques points particuliers :

  • La création d’un laboratoire de contrôle des eaux et des aliments qui devint un très gros service de référence malgache ;
  • La transformation d’une bibliothèque en Centre de Documentation informatisé et ouvert au public ;
  • La rédaction en chef du journal scientifique : « Les Archives de l’IPM » ;
  • La Co-organisation de plusieurs colloques scientifiques et en particulier celui du centenaire de l’IPM qui a réuni la communauté du Réseau International des Institut Pasteur ;
  • La participation à la maîtrise de plusieurs événements sanitaires graves pour le pays (épidémies de paludisme en 1987, de peste à Majunga 1991, de choléra en 1988, et intoxications d’origine marine…) ;
  • La responsabilité de divers enseignements à l’IPM en particulier dans le cadre de l’internat qualifiant en biologie des étudiants en médecine.

Par ailleurs, devenu un membre éminent de l’Académie Malgache (vice-président de la section « sciences fondamentales »), le Dr Rasolofonirina maintint une très forte relation centenaire entre l’IPM et cette illustre institution.

A l’évidence, l’action du Dr Rasolofonirina fut très importante pour la reconnaissance et le prestige de l’Institut Pasteur de Madagascar. Les Autorités du pays distinguèrent son parcours en le faisant Officier de l’Ordre National Malgache.

Il est tout aussi évident que le Dr Rasolofonirina, pétri de culture francophone et profondément francophile, a contribué également au rayonnement de la France à Madagascar et au développement d’une coopération fructueuse et confiante entre les deux pays. Il fut élevé au rang d’Officier de l’Ordre National du Mérite de la République Française.

Cher Noëlson, ton rôle à l’IPM a été essentiel. Tu as très bien compris ce qu’impliquaient tes fonctions d’adjoint. D’un côté un profond attachement à cet institut et à tes amis français, de l’autre ton amour pour ton pays, son histoire et ses gens. Tu as compris que c’était à toi qu’il revenait de favoriser les liens entre ces 2 entités et à œuvrer à leurs intrications. C’est beaucoup à toi encore que cette maison est à la fois si pasteurienne et si malgache. Tu as toujours été loyal, aussi bien envers ton pays qu’envers l’IPM. Je savais que les autorités te faisaient confiance, comme moi je le faisais. C’est pourquoi, c’est avec sérénité que je t’ai toujours chargé de mes intérims et de me représenter dans de nombreuses réunions scientifiques, administratives ou techniques. Tu savais écouter et aussi défendre les intérêts de la maison. Tu savais représenter l’Institut. Homme très sensible et très affectif comme beaucoup de malgaches, tu appréciais la confiance qu’on mettait en toi et tu faisais de ton mieux pour en être digne.

J’ai toujours beaucoup apprécié ton rôle dans notre comité de direction. Que ce soit lors de l’élaboration du statut du personnel, des discussions sur la réévaluation des salaires ou des simples conseils de discipline. Tu nous rappelais toujours les difficultés d’existence des personnels, les réalités de l’âme malgache. Et tes conseils d’écoute sociale nous étaient précieux. Ce n’est pas pour rien que les personnels t’ont toujours respecté et qu’ils voyaient en toi une possibilité d’écoute et de recours. De fait tu étais le « Ray aman-dreny » de l’IPM.

Je me souviens de «l’Ekipa solida» avec tous ses cadres dont tu faisais partie, équipe précieuse et sympathique qui m’entoura pour la renaissance de l’IPM. Quelques membres encore présents, se reconnaîtront. Suzanne et moi avons eu un plaisir immense de vous retrouver tous en 2014, lors de notre passage à l’IPM pour la cérémonie de remise de ta médaille française.

J’ai été aussi très impressionné par ta grande culture, autant française que malgache, par ta connaissance des grands auteurs et ton goût pour le jazz. Pendant des années tu as animé le groupe artistique de l’Amicale de l’IPM. On se souvient tous, des textes, des chansons et des sketches que vous choisissiez, toujours imprégnés de délicate poésie et d’amour pour la terre et les gens de Madagascar ; de ton talent pour animer de brillantes soirées officielles ou amicales où souvent tu savais entraîner la salle par tes plaisanteries et ton humour. Sous ta houlette, tout le personnel entonnait de façon vibrante l’hymne de l’IPM : « Mifankatiava ihany… ». Cet hymne soulevait toujours en nous une grande émotion, un sentiment d’appartenance à la même communauté humaine !

Dans ton discours, prononcé en décembre 1999 lorsque j’ai quitté l’IPM, tu m’as appelé « Zokibe », un terme moins protocolaire que tu attribuais aux respectables et respectés parents et ainés. Un grand frère en quelque sorte. J’en ai été très fier et très honoré! Et moi, j’ai eu le grand plaisir de t’appeler « Zandry kely ».

Cette dizaine d’années que Suzanne CHANTEAU et moi avons passée à l’IPM, compte particulièrement dans notre vie. C’est une foule de souvenirs précieux que nous gardons en mémoire. Tu en fais éminemment partie.

A Fanja, et à toute ta famille dont tu te préoccupais beaucoup, nous présentons nos profondes condoléances.  

                                                                                                                                                                                                                    Tahiti le 09 Mars 2024 »

Pr Jean ROUX, directeur de l’IPM, Mars 1991 à Décembre 1999

Pr Suzanne CHANTEAU, Adjointe Scientifique, Responsable Programmes Peste et Tuberculose, Janvier 1994 à Juin 2002