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Rapport d’activités 2016

L’Institut Pasteur de Madagascar

Membre du Réseau international des Instituts Pasteur (RIIP), présent à Madagascar depuis 1898, l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) est un établissement scientifique privé malagasy à but non lucratif et reconnu d’utilité publique dont le fonctionnement est régi, depuis 1961, par une convention qui lie l’Institut Pasteur à Paris et l’Etat Malgache.

Au 31 décembre 2016, l’IPM compte 570 personnes dont 97% de nationalité malgache. Parmi elles, 25 sont des chercheurs statutaires nationaux, et, plus de 30 médecins, pharmaciens ou ingénieurs, ont une activité dans le domaine de la recherche. Parmi les expatriés, six sont des experts techniques internationaux du Ministère français des affaires étrangères et du développement international, quatre du personnel mis à disposition par l’Institut Pasteur à Paris, et une est une chercheuse du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) hébergée à l’IPM.

L’objectif de l’IPM est de contribuer à la prévention et au traitement des maladies et au développement économique par des activités de recherche, de formation et de santé publique.

Ses missions s’articulent autour de quatre axes : recherche, santé publique, services et formation.

Les principales thématiques de recherche concernent différents problèmes de santé publique à Madagascar et dans l’Océan Indien (peste, paludisme, tuberculose, arboviroses, poliomyélite, grippe, schistosomiases…).

Ces thématiques notamment celles relatives à des agents pathogènes ayant un cycle complexe faisant intervenir l’homme, un animal et un arthropode ou un mollusque, ne peuvent être abordées que grâce à la complémentarité de ses équipes pluridisciplinaires (entomologiste, médecin, vétérinaire, immunologiste, épidémiologiste, mammalogiste…) et à la qualité de son plateau technique : laboratoire de sécurité de niveau 3, animalerie…

En 2016, plus de 60 projets de recherche ont été mis en œuvre par les équipes de l’IPM. Beaucoup portent sur les thématiques traditionnelles de l’Institut mais certains abordent de nouveaux champs comme la santé de l’enfant à travers des études sur les infections du jeune enfant, la malnutrition ou la vaccination (BIRDY, MALINEA, AFRIBIOTA, NEOVAC, PERILIC).

Les activités de recherche ont été valorisées en 2016 par 45 articles publiés par des scientifiques affiliés à l’IPM dans des revues internationales référencées à comité de lecture dont 20 en tant que premier ou dernier auteur.

Simultanément à leurs activités de recherche, les laboratoires sont engagés dans des activités de santé publique à travers les 9 centres de référence qu’ils hébergent :

  • le Centre collaborateur OMS pour la peste ;
  • le Centre national de référence pour la grippe, les laboratoires nationaux de référence pour (i) la poliomyélite, (ii) pour la rougeole et la rubéole, reconnus par l’OMS ;
  • les centres nationaux de référence pour, le choléra – les salmonelles et les shigelles, les mycobactéries ;
  • les laboratoires nationaux de référence pour (i) les arbovirus et virus des fièvres hémorragiques, (ii) la rage, (iii) l’analyse des eaux dans les industries agro-alimentaires et de contrôle des denrées animales ou d’origine animale.

L’IPM a la particularité d’héberger 3 structures du Ministère de la santé publique : le Centre national de référence des mycobactéries, le Laboratoire central de la peste, le Laboratoire central de la bilharziose.

Enfin l’IPM, toujours dans le domaine de la santé publique, assure gratuitement la prise en charge antirabique dans son Centre de traitement antirabique à Antananarivo et l’approvisionnement en vaccin antirabique des 30 centres antirabiques du Ministère de la santé publique répartis dans l’ensemble de la Grande île.

L’IPM propose également des activités de services au bénéfice de la population à travers : le Centre de biologie clinique qui est ouvert, depuis octobre 2016, 24h/24 et 7j/7, le laboratoire d’hygiène des aliments et de l’environnement qui est le seul laboratoire de ce type à Madagascar accrédité par le Comité français d’accréditation pour la microbiologie des aliments et le centre de vaccinations internationales.

L’IPM mène de nombreuses activités de formation en participant à différents enseignements délivrés par les Universités d’Antananarivo (faculté de médecine et de pharmacie, faculté des sciences) et de Toliara et en accueillant de nombreux stagiaires dont 25 thésards en sciences.

Faits marquants de l’année 2016

Ressources humaines

  1. André Spiegel a succédé à Mme Mathilde de Calan en septembre 2016. Celle-ci avait assuré l’intérim de la Direction de l’Institut Pasteur de Madagascar depuis janvier 2016.

Dans les unités de recherche, Mme Laurence Baril et M. Romain Girod ont succédé respectivement à M. Patrice Piola (Unité d’épidémiologie) et M. Sébastien Boyer (Unité d’entomologie médicale).

Mme Gwenaëlle Carn a rejoint l’IPM pour renforcer les capacités dans le domaine de la recherche clinique.

Sept jeunes scientifiques ont intégré le corps des Personnels scientifiques de recrutement local (PSRL) de l’IPM après l’avis favorable du Comité d’évaluation des scientifiques du réseau international. Cette intégration porte l’effectif des chercheurs statutaires malagasy à 25 et positionne l’IPM comme l’Institut qui compte le plus grand nombre de chercheurs nationaux au sein de la région Afrique-Océan Indien du RIIP.

La reconnaissance de la qualité des jeunes chercheurs malgaches a été mise en relief par le prix reçu par Mme Elisabeth Ravaoarisoa de l’Unité de recherche sur le paludisme pour ses travaux novateurs visant à mieux évaluer la transmission du paludisme. Elle s’est vue remettre en octobre 2016, le prix Robert Deschiens attribué chaque année par la Société de Pathologie Exotique à un jeune chercheur du RIIP, à l’occasion du symposium annuel.

Création de l’Unité de réalisation des études cliniques (UREC)

En juin 2016, la Cellule de réalisation de projets de l’Unité d’épidémiologie s’est autonomisée en devenant l’Unité de réalisation des études cliniques qui a pour mission d’être au service des unités de recherche de l’Institut pour la réalisation des études cliniques dans le respect des bonnes pratiques.

Partenariat scientifique sur la bilharziose avec le Japon

L’IPM a reçu du 12 au 19 juin une délégation de la Dokkyo Medical University au Japon menée par le Pr Yuichi Chigusa qui devrait déboucher sur un partenariat scientifique dans le domaine de la bilharziose.

Epidémie de peste à Befotaka (sud-est de Madagascar)

En décembre 2016, les équipes de l’IPM (unité peste, unité d’entomologie) se sont illustrées lors des missions d’investigation de l’épidémie de peste à Befotaka dans le sud-est du pays. Dans des conditions rendues particulièrement délicates du fait des grandes difficultés d’accès de cette région enclavée et de sa dangerosité liée à la présence des « dahalo » (voleurs de bétail), nos équipes en collaboration étroite avec celles du Ministère de la santé publique ont réalisé leur difficile mission au profit des populations de cette région.

Préparation à l’introduction éventuelle du virus Zika à Madagascar

Cette année a été marquée par la préparation à une éventuelle introduction du virus Zika dans la Grande Ile. Nos équipes, notamment celles de l’épidémiologie, de la virologie et d’entomologie ont eu un rôle important dans l’évaluation du risque et la mise au point d’outils de diagnostic.

Laboratoire des micropolluants au Laboratoire d’Hygiène des aliments et de l’environnement (LHAE)

Le LHAE a initié un projet avec le Ministère auprès de la Présidence en charge de l’Agriculture et de l’Elevage. Ce projet financé par la Banque Mondiale et l’Union Européenne (pour la parte formation) vise à  mettre en place un laboratoire permettant la détection des micropolluants organiques tels que les insecticides, les fongicides, les antibiotiques… Ce laboratoire, une fois fonctionnel, participera au développement économique de Madagascar en facilitant les exportations des denrées alimentaires et sera utile à la santé des populations en permettant de détecter les aliments  dangereux.

Cours de bactériologie médicale : « Approches moléculaires pour la bactériologie médicale en Afrique » 

L’Unité de Bactériologie expérimentale a organisé du 14 au 25 novembre un cours réunissant 20 biologistes : 10 de Madagascar et 10 du continent Africain.

La deuxième édition de ce cours théorique et pratique visait à étudier les principales infections bactériennes contagieuses par pathologie d’organes (infections intestinales, respiratoires et méningées) et expérimenter le diagnostic et le typage de bactéries pathogènes prévalentes sur le continent africain et dans l’Océan Indien. Il visait aussi à étudier la résistance bactérienne avec pour objectif de confronter les attitudes thérapeutiques probabilistes et les données de la littérature et de voir ce qu’un diagnostic rapide peut apporter aux cliniciens.

Premier colloque francophone en anthropologie de la santé des femmes et des enfants

Dans le cadre de la diffusion de la connaissance l’Institut a organisé les 14, 15 et 16 mars ’le Premier colloque francophone en anthropologie de la santé des femmes et des enfants.

L’Institut a participé aux manifestations liées au XVIème Sommet de la francophonie qui s’est tenu à Madagascar les 26 et 27 novembre, en animant un stand au Village de la Francophonie (21-27/11) où a pu être accueilli Monsieur le Président de la République de Madagascar, et en organisant quelques jours plus tôt à la fin octobre, la 1ère édition des Journées Portes Ouvertes de l’IPM au profit de 200 élèves du Collège d’Enseignement Général.

Deux prix Nobel à l’IPM en 2016

L’IPM a eu l’honneur de recevoir deux prix Nobel de médecine. Le Pr Françoise Barre-Sinoussi co-découvreuse du virus de l’immunodéficience humaine était présente à l’Institut dans le cadre du lancement du projet AFRIBIOTA. Le Pr Barry Marshall, prix Nobel de médecine pour ses travaux montrant le lien entre infection et ulcère gastrique a effectué une visite de l’Institut le 17 juin.

L’Institut a accueilli du 5 au 7 juillet le Comité d’évaluation du Personnel scientifique de recrutement local  qui chaque année se réunit pour évaluer les scientifiques du CERMES au Niger, du Centre Pasteur du Cameroun, de l’Institut Pasteur de Bangui, de l’Institut Pasteur du Cambodge, de l’Institut Pasteur de Dakar et de l’Institut Pasteur de Madagascar.

Aménagements et infrastructure

L’atelier de lancement d’AFRIBIOTA a été l’occasion d’une rénovation importante de la Salle de conférence de l’IPM qui lui permet maintenant d’accueillir dans de très bonnes conditions des réunions scientifiques de plus de 80 personnes.

Pour conclure

L’Institut Pasteur de Madagascar a, une fois de plus en 2016, et  comme le détaillent les pages suivantes de ce rapport, prouvé son efficacité dans la lutte contre les maladies infectieuses et son engagement au profit de la protection de la santé des populations de Madagascar en collaboration étroite avec le Ministère de la santé publique.

Cependant 2016 a été la troisième année consécutive où les comptes de l’IPM ont été déficitaires. Une vigilance accrue doit être de mise et le modèle économique de notre Institut, trop tributaire de ses recettes sur fonds propres, doit être diversifié. Des financements complémentaires doivent être recherchés pour assurer la pérennisation de nos missions. Notre Institut a besoin plus que jamais de l’engagement de l’Etat malgache, de son appui et son soutien financier peut-être au-delà même de celui prévu par certaines dispositions de la convention de 1961.

Dr André SPIEGEL
Professeur agrégé du Val-de-Grâce
Directeur de l’Institut Pasteur de Madagascar